Trois ans que je n’ai pas mis les pieds dans une gare. Moi, le nomade, je me suis enraciné. D’un naturel plutôt curieux, j’aime à étudier les personnages qui hantent certains lieux publics. Or ici, rien n’a changé ; bien que leurs visages soient différents, je les retrouve tous. * Adossé à un mur, assis sur un énorme sac, voilà l’étudiant. Il ânonne, les yeux rivés à un épais classeur bleu, et malgré tout le vacarme qui règne dans cette gare, rien ne peut à cette heure l’arracher à sa révision. Un peu plus loin, j’aperçois une famille qui vient chercher la grand-mère. Le père et la mère devisent ensemble, en jetant toutes les cinq minutes un coup d’œil à l’horloge. Les enfants jouent, passent entre leurs jambes, tournent autour d’eux, se touchent en criant : « Chat », puis éclatent de rire ; ils amènent dans cette salle le vent frais et si coloré de la jeunesse. Le père semble impatient, mais je lis sur son visage une certaine joie ; il semble retenir un sourire. Quant à la mère, je ...