J’étais sur un grand cheval blanc qui galopait sur l’océan en direction du continent, sous l’orage, dans la nuit. Derrière moi, Liam s’accrochait à mes épaules. les embruns et la pluie dense nous trempaient jusqu’aux os. Le vacarme du vent, de la pluie et des vagues était si fort que je ne comprenais pas ce que Liam me hurlait. À un moment donné, avec ses deux mains, il me tourna la tête et je vis alors sur une plage, près d’une falaise, un feu. Je changeais alors de cap, me dirigeant vers lui. Alors que nous nous rapprochions de la plage, je devinai deux silhouettes près du feu et j’entendis alors Liam crier. Ralentissant ; alors que nous arrivions, je sentis ses mains quitter mes épaules. Il sauta du cheval et courut vers deux jeunes femmes vêtues de manteaux à capuche, et dont, malgré le feu de camp, je ne pouvais distinguer les visages. Celle qui était à gauche se retourna et se mit à marcher en direction d’une niche creusée dans la falaise, derrière elle. Elle hésita puis, y entrant, elle fut aussitôt piégée par la pousse de racines qui tissèrent une grille l’empêchant de ressortir. Je l’entendais pleurer de rage en secouant les racines. Quant à l’autre jeune femme, restée près du feu, elle accueillit Liam en l’étreignant puis lui indiqua la niche dans la falaise. Liam détourna son visage, puis se mit à pleurer tandis qu’enlaçant ses épaules, elle essayait de le réconforter. Alors que je m’interrogeais sur cette personne, un cri perçant retentit au sommet de la falaise. Nous tournâmes tous la tête et aperçûmes alors une vieille femme aux cheveux longs et blancs, à genoux près d’un arbre mort dont les branches dénudées suppliaient le ciel, sous une lune pleine, sur laquelle se dessinait doucement un triskèle. Elle tendit alors les bras vers la lune et cria à nouveau, en disparaissant dans un grand nuage de poussière… Alors, la grille des racines céda et la jeune femme emprisonnée courut vers Liam. Le grand cheval blanc hennit et commença à s’agiter ? La jeune femme, qui avait accueilli Liam, courut à son tour vers moi, et tout en riant, m’enleva les rênes des mains, puis grimpa sur le grand cheval blanc, me repoussant un peu plus à l’arrière. Aussitôt, il y eut un bruit de bulles à trois mètres environ sur notre gauche, et nous vîmes une masse ronde émerger. J’essayais de distinguer ce que cela pouvait être. Le triskèle dans la lune, redoublant d’intensité, devint incandescent, et sa lumière révéla le visage de la vieille femme qui, précédemment, avait crié sur le sommet de la falaise. Sur la plage, Liam et la seconde jeune femme s’embrassaient. La vieille femme les observait, puis, se tournant ensuite vers nous, elle sortit son bras décharné et dénudé de l’eau, nous indiquant le sommet de la falaise. L’arbre au sommet changea de couleur, se recouvrant à sa base d’une nouvelle écorce, ses branches s’allongèrent tout en reverdissant ; d’autres poussèrent, et des feuilles naquirent, reconstituant un feuillage d’un magnifique vert, alors que, durant ce temps, ses racines sortaient de terre à une vitesse folle, l’élevant vers le ciel. La vieille femme nous sourit, puis, fermant les yeux, s’enfonça lentement dans les flots sous un dôme gargouillant de bulles… La pluie s’arrêta, et la mer devint d’huile…
Extrait de la nouvelle : « La Banshee de Mermaid’s Cove »…

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